Brouillon de lettre de Paul Magès à M. Sarre et plan d'entretien du 11 mai 1969
Un brouillon manuscrit où Magès défend le bilan technique de la DS et de l'embrayage automatique, accompagné d'un plan de carrière préparé pour un entretien du 11 mai 1969 et de notes sur « l'après Lefebvre » et le futur moteur 780.

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Brouillon de lettre à M. Sarre (p. 115, 117)
Daté du « 5.5.69 » en encre rouge p. 115, ce brouillon manuscrit et raturé s'adresse à un certain M. Sarre. Magès y évoque une possible « position ferme et contradictoire » à venir, et se présente d'emblée avec une certaine gravité : « avec quarante quatre ans de présence chez Citroën il ne peut pas faire de doute que je suis vieux » p. 115.
Il revient sur le lancement de la DS 19, jugé « préparé avec des moyens insuffisants », avec une « mise en vente massive (y compris aux USA) sans aucune préparation des concessionnaires et agents » p. 115. Il indique avoir fait le point avec MM. Bercot et Bruneder sur les difficultés rencontrées, notant que les incidents sur la suspension étaient rares, « surtout avant que le changement intempestif de l'huile n'ait été fait » p. 115, et que le freinage n'avait posé « que peu d'ennui » grâce à de longs essais p. 117.
En revanche, il pointe le changement de vitesse à embrayage automatique : malgré les essais menés au BEA et au Labo, « on aurait dû s'attendre à des ennuis en clientèle », le réseau n'ayant pas été formé p. 117. Il en tire une règle générale : ne jamais lancer « une technique nouvelle en grande série » sans un préalable à faible cadence auprès du réseau — règle qu'il applique aussi au moteur M28, qui « aurait bien profité du montage en avant série sur l'AK » p. 117.
Plan d'entretien du 11 mai 1969 (p. 119-122)
Ce plan retrace la carrière de Magès chez Citroën : entrée le « 21 août 1925 » à 17 ans et demi, méthodes de montage « Gutenberg » en 1929, passages par les services Méthodes, Transports, Contrôle, puis nomination comme « Ingénieur Qualité » le 25 septembre 1940 et « Ingénieur d'Étude » vers octobre 1942 p. 119. Suit une liste de ses réalisations techniques : répartition du freinage, suspension 2CV, freinage hydraulique, suspension hydraulique et tenue de route, mise au point du « VGD (DS) », servo-direction, changement de vitesse, embrayage automatique, antiroulis asservi p. 119.
Le feuillet « L'Après Lefebvre » p. 120-121 évoque la relève technique confiée à M. Cadiou et Seznec, un « tandem Lefebvre-Magès » qualifié de « coriace », des réactions contre le moteur Wankel, et le programme du moteur 780 (4CV) destiné à être monté sur l'AM modifié à partir de 1970, faute de budget pour un nouveau moteur, une nouvelle liaison au sol et une nouvelle carrosserie p. 120-121. Il y mentionne aussi une réorganisation du BEA à partir d'octobre 1966 et l'aboutissement d'un prototype (« le proto O ») dont la qualité correspondait aux attentes, malgré la grève p. 121.
Feuillets sur les congés (p. 116, 118)
Deux pages dactylographiées, sans lien apparent avec le reste, détaillent les dates de fermeture estivale de l'usine (du 31 juillet au 1er septembre, avec variantes selon le nombre de jours de congé) p. 116, ainsi qu'un barème de jours de congés obligatoires pour les collaborateurs embauchés depuis juin 1968, et les règles de cumul congé annuel/mariage p. 118.
Contexte
Le contexte historique éclaire ces notes : Pierre Bercot dirigeait Citroën à cette époque, et André Lefebvre, ingénieur historique de la marque (Traction Avant, 2CV, DS), est décédé en 1963 — le « après Lefebvre » renvoie donc à la réorganisation du bureau d'études qui suit sa disparition. Le programme AM correspond au projet qui deviendra la GS, lancée en 1970, tandis que le moteur 4 cylindres à plat « 780 » évoque les recherches menées en parallèle du moteur Wankel, alors en vogue chez Citroën via la Comotor. La DS 19, sortie en 1955, avait effectivement connu des débuts commerciaux difficiles, notamment liés à sa suspension hydropneumatique, innovation radicale pour l'époque.
Regard d'archiviste
Ce dossier composite est précieux car il juxtapose deux registres rares chez Magès : l'autobiographie professionnelle assumée (le plan de carrière, p. 119) et la controverse interne feutrée (la lettre à Sarre, p. 115-117 ; les notes sur « l'après Lefebvre », p. 120-121). Il semble que Magès y prépare un entretien où il entend défendre son bilan et tirer les leçons méthodologiques des échecs commerciaux de la DS, tout en revendiquant une influence décisive — via le duo « Allera-Magès » — dans le succès inattendu du prototype de 1968 p. 121.
La présence des feuillets sur les congés p. 116, 118, sans rapport thématique, suggère un assemblage de classement plutôt qu'un dossier pensé comme un tout — probablement des feuilles glissées ensemble par proximité physique dans les archives.
Ce document complète utilement les notes de Paul Magès sur l'embrayage et la commande des vitesses de la DS, puisqu'il revient rétrospectivement, huit ans plus tard, sur les mêmes difficultés d'embrayage automatique évoquées dans la lettre à Sarre.
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Datation
mai 1969
Document
8 pages
Source : « Scanner 8 août 2025 à 15.18.pdf », p. 115–122
Catégorie
Note d'archivage
Date 5.5.69 p.115 et plan de conversation daté 11.5.69 p.119 ; feuillets de congés p.116 et 118 intercalés (versos réemployés) ; entrée du sommaire au 05-05-1969.



