Note de Paul Magès : le rapport prix/qualité défavorable du moteur rotatif (nov. 1972)
Une note dactylographiée et signée par Paul Magès en novembre 1972, où l'ingénieur Citroën démontre que le moteur rotatif (birotor) coûte plus cher qu'un 6 cylindres sans apporter d'avantages suffisants pour le justifier auprès du client.

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I. Le prix
La note s'ouvre en affirmant que « le prix est l'élément principal de l'étude » p. 1. Magès rappelle qu'on a longtemps comparé le coût du birotor à celui d'un 4 cylindres, avant que la comparaison ne glisse, « depuis quelques mois », vers un 6 cylindres — et que les chiffrages « pour 200 par jours » donnent une valeur « bien supérieure » à celle d'un 6 cylindres p. 1.
Il pose la question centrale : les qualités supplémentaires apportées par le rotatif justifient-elles ce surcoût auprès du client, sachant que la concurrence peut proposer un 6 cylindres moins cher offrant déjà les mêmes qualités p. 1 ?
Il précise aussi que le prix d'un moteur inclut tout son environnement fonctionnel : alimentation, réservoir, radiateurs, dépollution, échappement, etc. p. 1. Il annonce enfin sa méthode : comparer qualité par qualité le rotatif au moteur conventionnel, sans mentionner le prix estimé du rotatif, afin d'en déduire a posteriori le prix qu'il devrait avoir pour être « honnêtement compétitif » p. 1.
Conclusion
Magès tranche : le moteur rotatif n'a de chances de se développer que s'il coûte moins cher qu'un moteur conventionnel « et que son endurance soit au moins aussi bonne » p. 2. Il juge que le seul avantage du birotor — son équilibrage — ne justifie pas son prix face à un 4 cylindres, et qu'un 6 cylindres est même supérieur sur ce point p. 2.
Il évoque un renvoi interne à l'étude (« 4-3 et graphique 4 ») montrant que la filtration des vibrations d'un 4 cylindres monté sur le « L » atteint un niveau très bas dans l'habitacle, relativisant l'atout du rotatif p. 2.
Il liste les inconvénients du birotor : surconsommation d'essence et d'huile, inconfort de climatisation en ville, vibrations au ralenti, une interrogation sur la « durée de vie » assortie d'une note (1) précisant que ce doute contredit les affirmations de fiabilité, et une dépréciation à la revente redoutée par les acheteurs de véhicules d'occasion p. 2.
Il conclut que les promesses futures du rotatif en matière d'anti-pollution ne peuvent convaincre le client de payer plus cher aujourd'hui, et martèle en majuscules : « LE RAPPORT PRIX/QUALITE DOIT-ETRE UNE REGLE ABSOLUE D'UN BUREAU D'ETUDES » p. 2. La note est signée « Paul Magès Novembre 1972 » avec signature manuscrite p. 2.
Contexte
Le moteur Wankel, dit rotatif, fut expérimenté par Citroën dans les années 1960-1970, notamment via la coentreprise Comotor avec NSU, donnant naissance à la Citroën GS Birotor commercialisée brièvement en 1973-1974. Le projet fut un échec commercial, en partie pour les raisons de coût et de fiabilité qu'évoque précisément cette note.
Regard d'archiviste
Ce document est probablement l'un des rares écrits où Paul Magès, connu pour la suspension hydropneumatique, se prononce sur un choix technologique qui n'est pas le sien — et son scepticisme est net : dès novembre 1972, il pointe un rapport prix/qualité défavorable au rotatif p. 1-2, un an avant le lancement commercial de la GS Birotor.
Sa méthode d'ingénieur — comparer qualité par qualité avant de fixer un prix cible p. 1 — révèle une rigueur d'analyse qui éclaire aussi sa démarche pour ses propres inventions.
La publicité liée Publicité France Motors / Automobiles Mazda sur le moteur bi-rotor et la pollution, vantant les mérites anti-pollution du rotatif, offre un contrepoint intéressant : elle illustre l'argumentaire commercial que Magès juge justement « très léger » p. 2.
Datation
novembre 1972
Document
2 pages
Source : « WEB 64 — 1965-1972. Citroën et le moteur rotatif WANKEL. -.pdf », p. 1–2
Catégorie
Note d'archivage
P.1 titre et début de l'étude ; p.2 « CONCLUSION » du même texte, avec date « Novembre 1972 », auteur Paul Magès et signature : continuité rédactionnelle sur deux pages.




