Séance Bercot-Brueder du 8 octobre 1958 : les incidents « catastrophe » de l'hydraulique DS
Notes manuscrites de Paul Magès relatant sa réunion du 8 octobre 1958 avec Bercot et « BB » sur les incidents graves de l'hydraulique DS — fuites, pompe, méthodes de réparation et formation des enquêteurs techniques.

Comprendre ce document
Dans ce document
Incidents « catastrophe » (p. 255)
Les premières notes recensent les incidents graves de l'hydraulique DS. Sur les fuites, Magès note que « tous les essais » ont porté sur les joints toriques, avec une critique des monteurs adressée à Dowty : la première livraison donnait des essais « bons, puis mauvais », d'où un « retour aux joints toriques » p. 255.
Sur la pompe, il affirme que si elle « avait été ordonnancée comme elle avait été conçue initialement », les incidents graves « n'auraient pas existé » — pointant l'écart entre conception et fabrication réelle p. 255. Sont aussi listés l'étanchéité de culasse, la rotule, l'étanchéité sous chemise, et le cylindre de suspension p. 255.
Incidents de fonctionnement (p. 256-257)
Le conjoncteur, initialement percé d'un « trou de 6 », a fait l'objet d'une modification demandée le 28.10.57, préparée le 28.5.58 et redemandée le 30.9.58, avec amélioration constatée en augmentant la section de sortie p. 256. Un cylindre de débrayage à grille est mentionné dès le 9.10.56 p. 256. Une meilleure fabrication (cylindre, joint tournant de direction) réduit les incidents p. 257.
Réunion Bercot-Brueder du 8 octobre 1958 (p. 259)
Magès relate avoir expliqué le 8 octobre à « M. BB » les points essentiels étudiés — pompe, rotule, plaquettes. Il insiste : les essais d'Études et de Labo « ne peuvent pas mettre en évidence des incidents à venir », faute de quantités de voitures suffisantes et de conditions correspondant à celles du client « Tous pays ». Il plaide pour une « liaison la plus directe possible » entre client, BEA et Labo p. 259. L'examen des retours garantie, organisé « avec du retard », a révélé que « beaucoup de pièces » étaient changées « sans motifs valables » p. 259. Il évoque 1500 DS en pays « exceptionnel » (dont Algérie, Tunisie) qui « ne peuvent pas fonctionner d'après ce que nous savons » p. 259.
Méthode de réparation — l'exemple de la pompe (p. 260)
Avant juin, la pompe revenait en atelier pour « manque de débit » ; au banc, tout semblait normal (« RAS »), avec un accroissement du retour vers juillet. M. Louis signale des « manques de vitesse » chez des clients (Tour de France). Le cas d'une voiture de Saïgon est détaillé : livrée en février 1957, les premiers échos de mauvais fonctionnement apparaissent en juillet 1958 alors qu'elle n'a roulé que 8000/12000 km p. 260, 263. La question du pourcentage d'huile de ricin est aussi évoquée, avec une « interdiction Hermet » p. 260.
Enquête technique et formation (p. 261-262)
Magès juge la méthode « au point de vue hydraulique très nettement insuffisant » p. 261. Il critique le manque de continuité et estime ne pas pouvoir compter, dans son équipe, sur plus de deux ou trois personnes « capables de bien analyser les problèmes DS dans leur ensemble » p. 262. Il cite l'exemple de la voiture du Général De Gaulle : la remontée d'information « Chauffeur → Beneteau → Satin → Magès » aboutit à un simple « manque deuxième vitesse 3 ou 4 fois », jugé inexploitable p. 261-262. Il propose une formation des enquêteurs techniques par le BEA, avec véhicule équipé sous contrôle, « suivant indication Duclos-Herment » p. 262.
Fonctionnement à chaud (p. 263)
Le défaut de la pompe est mis en lumière « à 250 t/m ». Trois vagues d'alerte sont listées : essais cyclistes en interne, voiture du ministère, puis voitures de Saïgon, Guadeloupe et Martinique p. 263.
Contexte
La DS, présentée par Citroën en 1955, inaugure la suspension hydropneumatique conçue par Paul Magès. Pierre Bercot était alors président de Citroën ; le nom « Brueder » (ou « BB ») désigne vraisemblablement un dirigeant technique de l'époque, non identifiable avec certitude ici.
Les débuts de la DS ont été marqués, dans l'histoire de la marque, par des difficultés de mise au point de l'hydraulique en usage réel, notamment dans les climats chauds des colonies et territoires d'outre-mer (Algérie, Tunisie, Antilles, Indochine), un contexte qui éclaire les mentions de Saïgon, Guadeloupe et Martinique.
Regard d'archiviste
Ce document offre un rare témoignage direct de l'auto-critique d'un ingénieur face aux défaillances de sa propre invention en usage réel. Il semble que Magès y prépare, ou relate, un compte rendu destiné à sa direction, mêlant diagnostic technique (pompe, joints, conjoncteur) et diagnostic organisationnel — le manque de liaison entre le terrain et le bureau d'études p. 259, 261.
L'insistance sur la formation des « enquêteurs techniques » et sur la rareté des esprits capables d'« analyser les problèmes DS dans leur ensemble » p. 262 révèle une préoccupation probablement récurrente chez Magès : la difficulté de transmettre une compréhension fine de l'hydraulique au-delà de son cercle immédiat.
Ce dossier trouve sa place naturelle dans la chemise « 41.59 » et son sommaire, consacrés aux évolutions de la suspension hydropneumatique et de la DS.
Dans le même dossier
Datation
8 octobre 1958
Document
9 pages
Source : « Scanner 13 août 2025 à 14.29.pdf », p. 255–263
Tags
Catégorie
Note d'archivage
p.255 « Incidents Catastrophe – Oct 58 » ouvrant la série ; notes connexes jusqu'à p.263, dont p.259 datée 28-11-58 et p.261 « 3.10.58 » ; entrée du sommaire « Séance avec MM. Bercot et Brueder ».






