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Argumentation de Paul Magès pour une dérogation au décret de 1943 sur les gaz sous pression (janvier 1964)

Paul Magès plaide, calculs d'énergie et graphique à l'appui, pour une dérogation réglementaire permettant d'exploiter pleinement le potentiel des accumulateurs hydro-pneumatiques Citroën face au décret de 1943 sur les appareils à pression de gaz.

Argumentation de Paul Magès pour une dérogation au décret de 1943 sur les gaz sous pression (janvier 1964) — page 39
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Le problème réglementaire

Paul Magès rédige une argumentation en vue d'une demande de dérogations à l'interprétation du décret du 18 janvier 1943 (modifié en 1961) sur les appareils à pression de gaz. Ce décret soumet à contrôle les réservoirs dont le produit pression × volume (« PV ») dépasse 80 p. 39.

Magès note que les accumulateurs hydro-pneumatiques Citroën, de 0,5 à 1,5 litre, ne sont pas explicitement visés par les textes, sinon par assimilation discutable aux réservoirs de distribution d'eau sous air p. 39, assimilation qu'il juge inadaptée compte tenu des volumes en jeu.

Description technique et historique de fabrication

Les accumulateurs sont décrits comme une enveloppe métallique contenant, séparés par une membrane déformable, de l'azote et un liquide (huile minérale, végétale ou synthétique), avec une marge de sécurité réglementaire (pression d'utilisation ≤ 2/3 de la pression d'épreuve, rupture ≥ 3× la pression d'utilisation) p. 40.

Magès rappelle que « depuis 1953, année de sortie de la 15 CV hydro-pneumatique », près de 3 millions d'accumulateurs ont été montés, à raison de 2 500 par jour à l'époque de l'écrit (p. 40, p. 43).

L'argument énergétique

Il démontre, chiffres à l'appui, qu'à PV constant (=80), les hautes pressions emmagasinent plus d'énergie qu'à basse pression :

Volume × PressionÉnergie
0,400 m³ à 200 Bars≈ 4 200 Kg/m
0,800 m³ à 100 Bars≈ 3 700 Kg/m
1 m³ à 80 Bars≈ 3 500 Kg/m
8 m³ à 10 Bars≈ 1 600 Kg/m p. 41

Un graphique daté de février 1960 illustre l'énergie accumulée en fonction de la pression pour plusieurs valeurs de PV p. 46.

La comparaison suspension pneumatique / hydropneumatique

Magès montre qu'à volume et pression égaux, une suspension 100 % pneumatique bénéficierait d'une flexibilité double par rapport à la suspension hydro-pneumatique, du seul fait de l'interprétation réglementaire actuelle (le volume d'huile étant compté dans le PV total) p. 42. Il demande donc l'autorisation d'accumuler jusqu'à 3 700 Kg/m dans un réservoir contenant de l'huile, sous réserve du respect des coefficients de sécurité habituels p. 42.

L'argument de sécurité comparée

Il relativise le danger : l'énergie maximale visée (« au grand maximum 4 000 Kg/m ») est bien inférieure à l'énergie cinétique d'une voiture de 1 400 kg à 140 km/h (plus de 100 000 kg/m), ou à celle d'un pneu de camion éclaté (≈ 7 000 kg/m pour un PV de 390) p. 43-44. Il affirme n'avoir « jamais » eu connaissance de rupture par éclatement avec projection de métal ni d'accident corporel lié à ces accumulateurs, et souligne la constance de leur pression de rupture même sur pièces anciennes récupérées p. 44.

Une copie de la circulaire ministérielle du 29 juin 1950, précisant l'interprétation du décret de 1943 (critères de pression et de volume), est jointe en annexe p. 45, datée « dac. GG 20.1.64 ».

Contexte

Le décret du 18 janvier 1943 et sa circulaire d'application de 1950 encadraient en France les appareils à pression de gaz dans un souci de sécurité industrielle, à une époque où l'hydraulique automobile était balbutiante.

La suspension hydropneumatique, lancée sur la Traction 15 CV en 1954-1955 puis généralisée avec la DS (1955), constituait une innovation majeure de Citroën, combinant gaz et liquide sous pression — d'où la question de son rattachement à une réglementation pensée pour d'autres usages industriels.

Regard d'archiviste

Ce dossier de janvier 1964 témoigne d'un aspect moins connu du travail de Paul Magès : au-delà de la conception technique, il lui revient de défendre auprès de l'administration la spécificité de ses accumulateurs face à une réglementation générique, en s'appuyant sur des calculs d'énergie rigoureux et sur un bilan de sécurité fondé sur dix ans d'expérience industrielle.

Le graphique de février 1960 p. 46 semble avoir été réutilisé ici, antérieur de quatre ans à la rédaction du texte, ce qui suggère que la question de l'interprétation du décret préoccupait déjà Magès depuis plusieurs années — en cohérence avec ses notes de 1963 sur la suspension de l'AP, période où de nouvelles applications hydropneumatiques étaient à l'étude.

Ce document éclaire aussi la préoccupation constante de Magès pour la sécurité de fonctionnement de l'hydraulique, déjà exprimée dans sa note BEA 43.027 de 1961.

Datation

20 janvier 1964

Document

8 pages

Source : « Scanner 8 août 2025 à 15.18.pdf », p. 39–46

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Catégorie

Technique

Note d'archivage

Titre et date « JANVIER 1964 » p.39, pagination 2 à 6 p.40-44, annexes p.45 (circulaire) et p.46 (graphique février 1960) ; entrée du sommaire.