Lettre de l'importateur Citroën à Bangkok signalant des pannes en série sur DS (31 mai 1963)
Un importateur Citroën de Bangkok alerte la maison mère sur la chute brutale de fiabilité des correcteurs de hauteur et disjoncteurs-conjoncteurs de la DS/ID 19, avec une piste manuscrite d'époque évoquant le passage au 12 volts.

Comprendre ce document
Dans ce document
Cette lettre est adressée le 31 mai 1963 par la Siam Motor Supplies Co., Ltd., importateur exclusif Citroën et Panhard à Bangkok (Thaïlande), au service exportation de la Société Anonyme André Citroën, à l'attention de « Mr. PELANNE ». Elle est signée par J. Paris, Manager, et porte un tampon de réception « 5 JUIN 1963 ».
Le constat de pannes en série
Depuis environ 8 mois, l'atelier de l'importateur voit revenir en garantie des correcteurs de hauteur (réf. DS.435-02d) qui ne durent plus que « de 2 semaines à 3 mois », dans une proportion d'« 1 sur 2 » p. 34. Les disjoncteurs-conjoncteurs (réf. DM.391.03d) tiennent « souvent 1 à 3 mois » et « parfois 3 semaines » p. 34.
L'auteur précise qu'auparavant, ces pièces avaient une durée de vie bien supérieure : les correcteurs de hauteur « tenaient 18 mois à 2 ans » et les disjoncteurs « de 6 à 12 mois » p. 34.
Un phénomène qui dépasse Bangkok
L'importateur signale avoir observé le même problème à Phnom Penh, « où pourtant l'humidité de l'air est moindre » p. 34, écartant ainsi implicitement une explication purement climatique locale. Il ajoute en post-scriptum p. 35 que les réparations de disjoncteurs, qui tenaient auparavant « 4 à 6 mois », ne durent plus que « quelques semaines », phénomène relevé lui aussi « depuis 8 mois environ ».
L'auteur souligne l'urgence commerciale : cette situation « nous fait du tort au moment où les ventes d'ID.19 1963 démarraient bien » p. 34, et demande l'avis des techniciens de la maison mère.
Annotations d'époque
Des annotations manuscrites accompagnent le document. L'une, en marge du corps de lettre, avance une piste : « Ce changement dans la forme des organes ne survient-il pas depuis l'équipement en 12 volts ? » p. 34. Une autre, en rouge sur la page 35, porte le seul mot « Huile », souligné. On relève aussi la mention « N. Magès — pour information » p. 34, ainsi que des noms (Braziani, Dore, M. Berger) et des dates de suivi peu explicites en l'état.
Contexte
Le passage du réseau électrique automobile de 6 à 12 volts a été une évolution technique générale au tournant des années 1960 chez plusieurs constructeurs, dont Citroën sur la gamme DS/ID. Ce changement pouvait affecter le fonctionnement de certains organes électriques ou électro-hydrauliques annexes, ce qui pourrait expliquer l'hypothèse avancée dans l'annotation manuscrite — mais ce lien reste une piste évoquée sur le document, non une explication confirmée par celui-ci.
La DS/ID 19 était alors exportée dans le monde entier, y compris en Asie du Sud-Est, via un réseau d'importateurs comme celui de Bangkok, actif également au Cambodge et au Laos.
En 1963, Paul Magès est engagé chez Citroën depuis 1925 : entré comme rédacteur technique puis sous-responsable du Super-Contrôle (notes autobiographiques), il a rejoint le bureau d'études à partir de 1939-1940 et développé la suspension hydropneumatique dont la DS est équipée depuis sa présentation le 6 octobre 1955. C'est à ce titre que ce type d'alerte technique venue de l'étranger lui est transmise « pour information ».
Regard d'archiviste
Ce document est un témoignage précieux du retour terrain venant directement d'un marché export, remontant une défaillance récurrente jusqu'aux services techniques parisiens, jusqu'à Paul Magès lui-même, dont le nom apparaît en annotation p. 34, signe que cette alerte a été transmise « pour information ».
Il s'inscrit dans une série de remontées d'incidents sur l'hydraulique de la DS que l'on retrouve à la même période dans les archives Magès, comme les informations de Los Angeles sur les incidents de la DS ou l'enquête n° 5.719 sur les fuites hydrauliques. Il semble que la fiabilité des correcteurs de hauteur et disjoncteurs-conjoncteurs ait constitué, au début des années 1960, un point de vigilance récurrent pour les ingénieurs Citroën à travers le monde.
L'annotation sur le passage au 12 volts, bien que non développée dans le document, suggère qu'une piste technique précise était déjà envisagée en interne dès la réception de cette lettre.
Datation
31 mai 1963
Document
2 pages
Source : « Scanner 8 août 2025 à 15.18.pdf », p. 34–35
Catégorie
Note d'archivage
En-tête et date p.34, suite -2- avec PS p.35 ; entrée du sommaire.




