Note de P.-J. Boulanger sur le rôle de l'ingénieur qualité (25 septembre 1940)
Une note interne de Pierre-Jules Boulanger, patron de Citroën, adressée à Magès et deux collègues, définissant en 1940 les responsabilités de l'« ingénieur qualité » et les seuils tolérables de retouches et de rebuts.

Présentation et légendes d’origine
Comprendre ce document
Dans ce document
Cette note dactylographiée est signée P.-J. Boulanger et datée du 25/9/40 p. 1. Elle est adressée nommément à MM. Ingueneau, Blondel et Magès p. 1 et définit, en une série de préconisations brèves, le rôle de l'« ingénieur qualité ».
Les responsabilités de l'ingénieur qualité
Boulanger pose que cet ingénieur « est responsable de la qualité d'un véhicule donné » et « conserve cette responsabilité jusqu'à l'extinction du véhicule » p. 1. Il doit faire appliquer « la qualité prescrite par les dessins et cahiers des charges » tout en cherchant « sans cesse à faire progresser cette qualité » p. 1. Il précise qu'il « ne s'occupe pas de la cadence de production » mais a « tous pouvoirs pour ralentir ou arrêter la production » si la qualité l'exige p. 1.
Un « animateur » plutôt qu'un exécutant
La note insiste sur une posture d'animateur : il « recherche le pourquoi et le comment des choses qui ne vont pas », sans réaliser lui-même les études, mais en désignant un responsable, un but et un délai p. 1. Il doit aussi imposer les liaisons entre les services (Études, Fabrication, Labo, Méthodes, Contrôle, Organisation des postes) et contribuer à l'éducation de la maîtrise de fabrication, « qui doit lui donner entière satisfaction — ou être changée de poste » p. 1.
Seuils de retouches et de rebuts
Le document fixe des repères chiffrés : une pièce n'est « régulièrement bonne » que si le taux de retouches ou rebuts est « infime : 1/2 % ou 1/4 % » p. 1. Un taux de 5 % est jugé « grave » et signale qu'il « faut changer de procédé » p. 2. Des taux de 10 % ou 20 % imposent « une révolution » et, si besoin, « l'intervention du patron » p. 2.
La note liste enfin les « à-côtés » influant sur la qualité : régularité des matières premières, traitements thermiques, manutention, stockage, propreté des ateliers, état des machines, affûtage et changement des outils p. 2, et recommande d'associer l'ingénieur qualité dès la mise au point des gammes lors d'une fabrication nouvelle p. 2.
Contexte
Pierre-Jules Boulanger dirigeait Citroën depuis 1935 et est resté célèbre pour son exigence de rigueur industrielle, notamment dans la préparation de la 2CV et, plus tard, de la DS. Paul Magès, entré chez Citroën en août 1925 à 17 ans et demi (notes autobiographiques), figure ici parmi les destinataires directs de cette doctrine qualité, en pleine période d'Occupation (septembre 1940) — quelques mois avant qu'il n'entre au bureau d'études et n'esquisse, dès février 1944, les premiers plans de la suspension hydropneumatique (plans du 17 février 1944) —, moment où l'activité industrielle de Citroën était fortement contrainte.
Regard d'archiviste
Ce texte n'est pas un document technique sur une invention précise, mais il éclaire la culture d'exigence dans laquelle Magès a été formé dès le début des années 1940 : cette note a valeur de charte interne, diffusée à plusieurs ingénieurs pour uniformiser une méthode de travail p. 1-2.
L'insistance de Boulanger sur les seuils chiffrés de rebuts et sur le changement de procédé plutôt que la tolérance à l'erreur p. 2 rappelle une rigueur que l'on retrouvera, plus tard, dans la mise au point minutieuse des systèmes hydropneumatiques associés à Magès. Ce document constitue ainsi une pièce de contexte précieuse pour comprendre l'environnement managérial dans lequel ses recherches se sont inscrites.
Datation
25 septembre 1940
Document
2 pages
Source : « WEB 36 — Comment être un bon ingénieur qualité en 1940. -.pdf », p. 1–2
Catégorie
Note d'archivage
Document continu : p.1 porte l'en-tête d'expéditeur/destinataires et la date « 25/9/40 » ; p.2 est paginée « - 2 - » avec la même date et poursuit le texte. Datation au jour portée sur les deux pages.




