Août 1999 : dernier entretien filmé de Paul Magès, un mois avant sa mort
Un mois avant son décès, Paul Magès, fatigué mais volontaire, se prête à un entretien filmé dans une Citroën DS 19, au cœur du bois de Chaville. Un second entretien envisagé ne verra jamais le jour.
Film conservé et diffusé par l'Association Paul Magès
Présentation et légendes d’origine
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Ce film constitue un entretien filmé de Paul Magès, tourné en août 1999 dans une Citroën DS 19 stationnée dans le bois de Chaville — un mois avant sa mort. La transcription disponible provient des sous-titres automatiques (reconnaissance vocale) : elle comporte de nombreuses erreurs, en particulier sur les noms propres. Ainsi le patronyme « Magès » est systématiquement retranscrit « Majeste » (00:10, 06:03) ; on corrige silencieusement ce type d'altération évidente en le signalant ici une fois pour toutes. D'autres passages restent flous et sont marqués comme tels ci-dessous.
Magès ouvre l'entretien par un rappel biographique : « Je m'appelle [Magès] Paul. Je suis né en 1908 au mois de mars […] dans les Alpes. Je suis un savoyard » (00:10-00:24). Il évoque son père, maître armurier militaire, l'initiation précoce à la mécanique (« j'avais disons de la mécanique dans le crâne », 01:13), puis son passage à l'école Jean-Baptiste-de-Versailles, préparatoire aux Arts et Métiers, où il se sent « déclassé » en mathématiques et finit par « abandonner » (02:03-02:24) — ce qui recoupe la notice biographique sur son départ du lycée à 17 ans.
Il raconte son embauche chez Citroën en 1925 comme « dessinateur industriel » (03:20-03:32), après une candidature restée sans réponse chez Bréguet, puis sa promotion rapide au sein du service « méthode manutention ordonnancement », suite à une réorganisation de l'usine des moteurs qu'il conçoit lui-même à « 17-18 ans » (06:15-06:19) : « Vous suivez les instructions de [Magès] » (06:03), aurait dit sa direction aux responsables — épisode qui prolonge les notes autobiographiques sur ses débuts de rédacteur technique.
Le cœur de l'entretien porte sur la genèse de la DS. Magès situe son arrivée au bureau d'études « tout de suite après la guerre », sur demande de M. Boulanger, pour travailler avec André Lefebvre — orthographié « le Fèvre » dans la transcription — alors en pénitence politique : « le Fèvre […] avait été mis en tôle » (09:21-09:31). Il revendique explicitement la paternité de l'idée hydraulique : « Qui a eu l'idée du système hydraulique ? — Ah ben ça c'est moi » (11:44-11:47), rapportant le mot de Boulanger désignant dans la rue un « futur client » de la 2 CV (11:57-12:19) — un épisode à mettre en regard du cahier des premiers essais de la 2 CV.
Magès détaille longuement le principe technique : le compromis entre ressort à boudin, barres de torsion (utilisées sur les « 7 » et « 11 », 15:07-15:15) et sphère hydropneumatique où « l'acier travaille partout en traction » (16:01), avec l'azote comme « élément de suspension » (18:44) et le liquide pour éviter la surchauffe lors des corrections de hauteur (20:59-21:19). Il évoque une bagarre avec le Service des Mines sur la sécurité des sphères (16:55-18:08), l'invention du correcteur automatique de hauteur, révélée lors d'essais dans la neige au Massif Central où une DS s'enfonce faute de pression suffisante (23:44-24:39), puis le freinage hydraulique à bouton (« la DS est née sans pédales », 25:29-25:32) — abandonné faute d'acceptation des utilisateurs habitués aux pédales — et la boîte de vitesses hydraulique conçue avec un collaborateur qu'il nomme, en hésitant, « Mignant » [incertain : « Mignant mignant mignant »] (29:31-29:36), rappelant la lettre manuscrite de M. Meignan.
Il revient aussi sur la direction assistée, démontrée sans effort face à des sceptiques lors d'essais chronométrés à la Ferté-Vidame (30:42-33:11), sur une transmission hydrostatique testée sur 200 000 km (36:31-39:50), et sur les difficultés financières liées au moteur Wankel (« c'est le Wankel qui nous a foutu l'air », 33:45-33:50) ayant conduit au rachat par Michelin. Il mentionne enfin une tentative d'accord avec Fiat autour d'essuie-glaces hydrauliques (44:26-44:58).
À la question de sa DS préférée, Magès élude puis conclut, modeste : « je suis fier d'avoir fait ça […] j'ai suffisamment souffert pour arriver à la faire admettre » (45:37-45:44), racontant en anecdote finale un léger sifflement de la boîte de vitesses qu'il n'a « pas encore pu enlever » (46:36-47:20), face à un directeur du bureau d'études qu'il nomme « Cadiou » (47:48).
Contexte
Retraité de Citroën depuis septembre 1974 après 49 ans de carrière (Photographies du départ à la retraite de Paul Magès (1974)), Magès s'était installé à Ramatuelle, où il fut conseiller municipal puis 2e adjoint au maire (Conseil municipal de Ramatuelle (1983) : Paul Magès, 2e adjoint au maire), avant de mourir le 22 septembre 1999 (Discours du maire de Ramatuelle en hommage à Paul Magès (1999)). Cet entretien, filmé un mois avant sa mort dans le bois de Chaville, est présenté comme fatigué mais volontaire ; un second entretien envisagé n'a jamais eu lieu.
Regard d'archiviste
Cette transcription automatique, malgré ses défauts de reconnaissance vocale sur les noms propres, restitue un témoignage de premier plan : Magès y revendique lui-même, sans ambiguïté, la paternité de l'idée hydraulique et détaille les choix techniques (sphère, azote, liquide, correcteur de hauteur, freinage et boîte hydrauliques, direction assistée) avec une précision rare pour un document oral tardif. Elle éclaire directement les pièces techniques du fonds — plans de 1944, essais de la 2 CV, essai de la 15-Six — et mérite d'être rapprochée des Premiers pas de la DS 19, film 8mm et de La fabuleuse histoire de la DS. Les passages incertains (noms de collaborateurs notamment) devront être vérifiés par recoupement avec les archives écrites du fonds.




